Quatre décennies d’engagement au service de la vie
Nous mettons ici en lumière les visages de celles et ceux qui œuvrent dans la prévention du suicide au Québec et ailleurs. À travers ces portraits, nous souhaitons mettre de l’avant leur engagement envers la cause.
Aujourd’hui, nous avons le bonheur de vous présenter Lorraine Deschênes. Figure incontournable de la prévention du suicide au Québec, Lorraine consacre depuis plus de 40 ans son énergie, sa vision et sa détermination à faire progresser cette cause essentielle. De la création des premiers centres de prévention du suicide jusqu’aux grandes orientations gouvernementales, elle a contribué à façonner un mouvement qui a transformé le regard de toute une société.
À travers son parcours exceptionnel, c’est aussi l’histoire de la prévention du suicide au Québec qui se raconte : celle d’une mobilisation collective portée par des femmes et des hommes convaincus qu’il est possible de sauver des vies.
Une opportunité qui a changé le cours d’une vie
Au début des années 1980, rien ne prédestinait Lorraine à devenir l’une des pionnières de la prévention du suicide au Québec. Installée à Granby avec sa jeune famille, elle entend parler d’un projet naissant : la création d’un centre de prévention du suicide dans la région. Curieuse, motivée par l’idée de contribuer à sa communauté, elle se joint à l’aventure à titre d’intervenante communautaire lors de l’ouverture du Centre de prévention du suicide de la Haute Yamaska en 1984.
« Je ne connaissais rien à la prévention du suicide. Comme beaucoup de personnes qui ont fondé des organismes à cette époque, j’ai appris en même temps que le mouvement se construisait. »
Ce qui devait être un emploi devient rapidement un engagement profond. Au fil des années, cette rencontre fortuite se transforme en une véritable mission de vie.
Quand parler du suicide relevait du courage
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se rappeler le contexte de l’époque. Au milieu des années 1980, le suicide demeure un sujet dont on parle peu, sinon pas du tout. Les préjugés sont nombreux, les familles vivent souvent leur deuil dans l’isolement et les ressources sont encore embryonnaires.
« On ne parlait pas du suicide. C’était pratiquement l’omerta. »
Lorraine Deschênes a vu la société québécoise évoluer pas à pas. Elle a vu des communautés s’organiser, des proches prendre la parole, des intervenant·es se former et des campagnes de sensibilisation ouvrir des espaces de dialogue autrefois impensables. Cette transformation ne s’est pas faite du jour au lendemain.
« Il a fallu près de 20 ans avant de commencer à voir des changements tangibles. »
Son témoignage rappelle une leçon précieuse : les changements sociaux durables exigent de la persévérance. Lorsqu’une communauté s’engage avec constance, les mentalités peuvent évoluer et les tabous peuvent tomber.

Le défi qui demeure : sauver encore plus de vies
Malgré les avancées réalisées, Lorraine refuse de considérer le travail accompli comme une ligne d’arrivée. Chaque jour au Québec, des personnes continuent de perdre la vie par suicide. Derrière chaque statistique se trouvent des familles, des proches, des collègues et des communautés profondément touchés.
« Nous n’avons jamais réussi à descendre sous le seuil des trois décès par jour. »
Pour elle, l’un des plus grands défis des prochaines années consiste à poursuivre les efforts de prévention auprès de l’ensemble de la population, mais aussi dans les milieux où les personnes en détresse sont plus difficiles à rejoindre. Elle rappelle également que la prévention du suicide ne peut reposer uniquement sur les spécialistes.
« Tout le monde est concerné et tout le monde peut agir à sa manière. »
Repérer la détresse, tendre la main, ouvrir la discussion, créer des milieux bienveillants : ces gestes appartiennent à chacun de nous. C’est dans cette mobilisation collective que réside l’un des plus grands leviers de changement.
Transmettre l’histoire pour préparer l’avenir
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle souhaite léguer aux générations qui prendront la relève, Lorraine répond sans hésiter : la mémoire du mouvement. Car avant les stratégies gouvernementales, les plans d’action et les campagnes nationales, il y a eu des citoyen·nes, des bénévoles, des intervenant·es et des organismes communautaires qui ont refusé de détourner le regard.
« Savoir d’où l’on vient permet de mieux comprendre où l’on va. »
À l’occasion du 40e anniversaire de l’AQPS, elle souhaite plus que jamais transmettre cette histoire, faire connaître les racines du mouvement et inspirer celles et ceux qui poursuivront le travail.
Un héritage qui continue de grandir
Le parcours de Lorraine nous rappelle qu’une carrière peut parfois commencer par un simple concours de circonstances et devenir une contribution durable à la société. Depuis plus de 40 ans, elle participe à bâtir un Québec où il est davantage possible de parler de détresse, de demander de l’aide et d’offrir du soutien. Son engagement a contribué à ouvrir des portes, à faire évoluer les pratiques et à nourrir l’espoir. À travers son histoire se dessine aussi une invitation : celle de croire qu’une personne peut faire une différence, qu’un engagement peut transformer une communauté et que chaque génération a un rôle à jouer dans la prévention du suicide.
Alors que l’AQPS entame sa 40ème année d’existence, le parcours de Lorraine Deschênes nous rappelle que les grandes avancées naissent souvent de milliers de gestes posés avec conviction, année après année.
Et que le prochain chapitre reste à écrire, ensemble.
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